Je te demande pardon, mon papa, ce n'est sans importance que pour les pères et mère et les étrangers. Je boude quelquefois, j'en conviens, pour la forme, mais il arrive aussi, je t'assure, que je rage énergiquement de tout mon coeur, et je n'oublie plus l'offense.
Monsieur Lepic: Mais si, mais si, tu oublieras ces taquineries.
Poil de Carotte: Mais non, mais non. Tu ne sais pas tout, toi, tu restes si peu à la maison.
Monsieur Lepic: Je suis obligé de voyager.
Poil de Carotte, avec suffisance: Les affaires sont les affaires, mon papa. Tes soucis t'absorbent, tandis que maman, c'est le cas de te le dire, n'a pas d'autre chien que moi à fouetter. Je me garde de m'en prendre à toi. Certainement je n'aurais qu'à moucharder, tu me protégerais. Peu à peu, puisque tu l'exiges, je te mettrai au courant du passé. Tu verras si j'exagère et si j'ai de la mémoire. Mais déjà, mon papa, je te prie de me conseiller. Je voudrais me séparer de ma mère. Quel serait, à ton avis, le moyen le plus simple?
Monsieur Lepic: Tu ne la vois que deux mois par an, aux vacances.
Poil de Carotte: Tu devrais me permettre de les passer à la pension. J'y progresserais.
Monsieur Lepic: C'est une faveur réservée aux élèves pauvres. Le monde croirait que je t'abandonne. D'ailleurs, ne pense pas qu'à toi. En ce qui me concerne, ta société me manquerait.
Poil de Carotte: Tu viendras me voir, papa.
Monsieur Lepic: Les promenades pour le plaisir coûtent cher, Poil de Carotte.