Poil de Carotte: Tu profiterais de tes voyages forcés. Tu ferais un petit détour.
Monsieur Lepic: Non. Je t'ai traité jusqu'ici comme ton frère et soeur, avec le soin de ne privilégier personne. Je continuerai.
Poil de Carotte: Alors, laissons mes études. Retire-moi de la pension, sous prétexte que j'y vole ton argent, et je choisirai un métier.
Monsieur Lepic: Lequel? Veux-tu que je te place comme apprenti chez un cordonnier, par exemple?
Poil de Carotte: Là ou ailleurs. Je gagnerais a vie et je serais libre.
Monsieur Lepic: Trop tard, mon pauvre Poil de Carotte. Me suis-je imposé pour ton instruction de grands sacrifices, afin que tu cloues des semelles?
Poil de Carotte: Si pourtant je te disais, papa, que j'ai essayé de me tuer.
Monsieur Lepic: Tu charges! Poil de Carotte.
Poil de Carotte: Je te jure que pas plus tard qu'hier, je voulais encore me prendre.
Monsieur Lepic: Et te voilà. Donc tu n'en avais guère l'envie. Mais au souvenir de ton suicide manqué, tu dresses fièrement la tête. Tu t'imagines que la mort n'a tenté que toi. Poil de Carotte, l'égoïsme te perdra. Tu tires toute la couverture. Tu te crois seul dans l'univers.