--J'ai bon espoir, dit Poil de Carotte.
Il éprouve une démangeaison au défaut de l'épaule et se refuse d'y coller la crosse de son arme à feu.
--Hein! dit grand frère Félix, je te la laisse porter tout ton soûl!
--Tu es mon frère, dit Poil de Carotte.
Quand une bande de moineaux s'envole, il s'arrête et fait signe a grand frère Félix de ne plus bouger. La bande passe d'une haie à l'autre. Le dos voûté, les deux chasseurs s'approchent sans bruit, comme si les moineaux dormaient. La bande tient mal, et pépiante, va se poser ailleurs. Les deux chasseurs se redressent; grand frère Félix jette des insultes. Poil de Carotte, bien que son coeur batte, paraît moins impatient. Il redoute l'instant où il devra prouver son adresse. S'il manquait! Chaque retard le soulage. Or, cette fois, les moineaux semblent l'attendre.
Grand frère Félix: Ne tire pas, tu es trop loin.
Poil de Carotte: Crois-tu?
Grand frère Félix: Pardine! Ça trompe de se baisser. On se figure qu'on est dessus; on en est très loin.
Et grand frère Félix se démasque afin de montrer qu'il a raison. Les moineaux, effrayés, repartent.
Mais il en reste un, au bout d'une branche qui plie et le balance. Il hoche la queue, remue la tête, offre son ventre.