Poil de Carotte saute du lit, va se débarbouiller, sans savon, dans l'auge du jardin. Elle est gelée. Il doit en casser la glace, et ce premier exercice répand par tout son corps une chaleur plus saine que celle des poêles. Mais il feint de se mouiller la figure, et, comme on le trouve toujours sale, même lorsqu'il a fait sa toilette à fond, il n'ôte que le plus gros.

Dispos et frais pour la cérémonie, il se place derrière son grand frère Félix, qui se tient derrière soeur Ernestine, l'aînée. Tous trois entrent dans la cuisine. Monsieur et madame Lepic viennent de s'y réunir, sans en avoir l'air. Soeur Ernestine les embrasse et dit:

--Bonjour, papa, bonjour, maman, je vous souhaite une bonne année, une bonne santé et le paradis à la fin de vos jours.

Grand frère Félix dit la même chose, très vite, courant au bout de la phrase, et embrasse pareillement.

Mais Poil de Carotte sort de sa casquette une lettre. On lit sur l'enveloppe fermée:

"A mes Chers Parents." Elle ne porte pas d'adresse. Un oiseau d'espèce rare, riche en couleurs, file, d'un trait, dans un coin.

Poil de Carotte la tend à madame Lepic, qui la décachette. Des fleurs écloses ornent abondamment la feuille de papier, et une telle dentelle en fait le tour que souvent la plume de Poil de Carotte est tombée dans les trous, éclaboussant le mot voisin.

Monsieur Lepic: Et moi, je n'ai rien!

Poil de Carotte: C'est pour vous deux; maman te la prêtera.

Monsieur Lepic: Ainsi, tu aimes mieux ta mère que moi. Alors, fouille-toi pour voir si cette pièce de dix sous neuve est dans ta poche.