--Oui, mes bons amis, fini, plus d'zieux, plus rien, un noir de four.
Son bâton lui échappe. C'est ce qu'attendait madame Lepic. Elle se précipite, ramasse le bâton et le rend à l'aveugle, -- sans le lui rendre.
Il croit le tenir, il ne l'a pas.
Au moyen d'adroites tromperies, elle le déplace encore, lui remet ses sabots et le guide du côté de la porte.
Puis elle le pince légèrement, afin de se venger un peu; elle le pousse dans la rue, sous l'édredon du ciel gris qui se vide de toute sa neige, contre le vent qui grogne ainsi qu'un chien oublié dehors.
Et, avant de refermer la porte, madame Lepic crie à l'aveugle, comme s'il était sourd:
--Au revoir; ne perdez pas votre pièce; à dimanche prochain s'il fait beau et si vous êtes toujours de ce monde. Ma foi! vous avez raison, mon vieux papa Tissier, on ne sait jamais ni qui vit ni qui meurt. Chacun ses peines et Dieu pour tous!
Le Jour de l'An
Il neige. Pour que le jour de l'an réussisse, il faut qu'il neige.
Madame Lepic a prudemment laissé la porte de la cour verrouillée. Déjà des gamins secouent le loquet, cognent au bas, discrets d'abord, puis hostiles, à coups de sabots, et, las d'espérer, s'éloignent à reculons, les yeux encore vers la fenêtre d'où madame Lepic les épie. Le bruit de leurs pas s'étouffe dans la neige.