--Ah! bien visé, dit-il, je ne l'ai pas manqué.

Et tandis qu'un peu dégoûté il s'essuie à la chevelure de Poil de Carotte, madame Lepic lève les bras au ciel:

--Je m'en doutais, dit-elle accablée. Mon dieu! nous sommes propres! Ernestine, cours chercher une cuvette, ma fille, voilà de la besogne pour toi.

Soeur Ernestine apporte une cuvette, un peigne fin, du vinaigre dans une soucoupe, et la chasse commence.

--Peigne-moi d'abord! crie grand frère Félix. Je suis sûr qu'il m'en a donné.

Il se racle furieusement la tête avec les doigts et demande un seau d'eau pour tout noyer.

--Calme-toi, Félix, dit soeur Ernestine qui aime à se dévouer, je ne te ferai pas du mal.

Elle lui met une serviette autour du cou et montre une adresse, une patience de maman. Elle écarte les cheveux d'une main, tient délicatement le peigne de l'autre, et elle cherche, sans moue dédaigneuse, sans peur d'attraper des habitants.

Quand elle dit: Un de plus! grand frère Félix trépigne dans le baquet et menace du doigt Poil de Carotte qui, silencieux, attend son tour.

--C'est fini pour toi, Félix, dit soeur Ernestine, tu n'en avais que sept ou huit; compte-les. On comptera ceux de Poil de Carotte, mais elle n'a que ramassé au hasard dans une fourmilière.