--C'est-il des lentilles? Ma foi, je n'y vois plus clair. Mon garçon Pierre devrait bien m'acheter une paire de lunettes.
Du doigt, elle touche, comme afin de goûter. Décidément, elle ne comprend pas.
--Et toi, que fais-tu là, boudeur et les yeux troubles? Je parie qu'on t'a grondé et mis en pénitence. Écoute, je ne suis pas ta grand'maman, mais je pense ce que je pense, et je te plains, mon pauvre petit, car j'imagine qu'ils te rendent la vie dure.
Poil de Carotte s'assure d'un coup d'oeil que sa mère ne peut l'entendre, et il dit à la vieille Marie Nanette.
--Et après? Est-ce que ça vous regarde? Mêlez-vous donc de vos affaires et laissez-moi tranquille.
Comme Brutus
Monsieur Lepic: Poil de Carotte, tu n'as pas travaillé l'année dernière comme j'espérais. Tes bulletins disent que tu pourrais beaucoup mieux faire. Tu rêvasses, tu lis des livres défendus. Doué d'une excellente mémoire, tu obtiens d'assez bonnes notes de leçons, et tu négliges tes devoirs. Poil de Carotte, il faut songer à devenir sérieux.
Poil de Carotte: Compte sur moi, papa. Je t'accorde que je me suis un peu laissé aller l'année dernière. Cette fois, je me sens la bonne volonté de bûcher ferme. Je ne te promets pas d'être le premier de ma classe en tout.
Monsieur Lepic: Essaie quand même.
Poil de Carotte: Non, papa, tu m'en demandes trop. Je ne réussirai ni en géographie, ni en allemand, ni en physique et chimie, où les plus forts sont deux ou trois types nuls pour le reste et qui ne font que ça. Impossible de les dégoter; mais je veux, --écoute, mon papa,-- je veux, en composition française, bientôt tenir la corde et la garder, et si malgré mes efforts elle m'échappe, du moins je n'aurai rien à me reprocher et je pourrai m'écrier fièrement comme Brutus: O vertu! tu n'es qu'un nom.