—Pour empoigner, sauf le respect que je dois à Madame et à toute la compagnie pareillement, un malfaiteur qui rôde depuis plus de deux heures dans le parc, et qui n’a pas la mine de vouloir s’en aller sans avoir fait quelque mauvais coup.

—Quels ragots nous faites-vous là? un malfaiteur ici, dans ce pays?

—Pardon, excuse, ce n’est pas un physique appartenant à la localité.

—Eh bien! d’où vient-il? que veut-il? Vous lui avez parlé?

—Pas absolument, mais je l’ai suivi... de loin, en me cachant derrière les arbres.

—Enfin, dit Marthe, vous l’avez vu, comment est-il fait?

—Mon Dieu, Mademoiselle, ce n’est point que, de sa personne, il soit ostensiblement mal fait. D’aucuns même pourraient trouver que c’est un grand bel homme proprement vêtu; mais il vous a une figure! avec ses moustaches et sa peau enfumée, c’est comme qui dirait une tête de mahométan. Ce n’est pas, mon Dieu, que, de sa figure, il soit finalement repoussant; mais des airs! mais des façons! Il va de ci, il vient de là, il marche sur les pelouses, il flanque des coups de canne aux branches, il s’approche sournoisement de la maison, il la regarde, et après qu’il l’a regardée, il rentre dans le parc vivement comme une couleuvre... Je demande à Madame si c’est là les allures d’un chrétien bien intentionné. Sans compter que personne ne l’a vu passer par la grille, et qu’il n’a pu s’introduire chez nous que par escalade. Et par-dessus tout, ajouta Léonard en baissant la voix, le petit Pierrot qui était avec moi pour me soutenir en cas d’attaque... Je n’oserai jamais dire ça à Madame.

—Osez, mon garçon, osez.

—Eh bien! madame, le petit Pierrot, qui n’est pas un âne comme chacun sait, assure que c’est le même qu’une espèce de loup-garou qu’il voit depuis quelque temps tourner le soir autour de l’enclos. Faut-il que j’aille chercher les gendarmes?

—Non, dit Marthe, ce malfaiteur me plaît. S’il rôde depuis plus de deux heures dans le parc, il doit être un peu fatigué: allons l’arrêter nous-mêmes et lui offrir de se reposer ici.