—Ce n’est pas la peine de vous déranger, s’écria Léonard: le voici.
A ce moment, un étranger débouchait du parc sur la terrasse et se dirigeait vers l’habitation. Les trois femmes, pour le voir venir, s’étaient mises à la fenêtre, tandis que le vaillant Léonard s’esquivait discrètement, et, pour plus de sûreté, retournait à ses plates-bandes.
—C’est qu’en vérité il a tout à fait bon air, ce malfaiteur, dit mademoiselle de Champlieu. Regarde donc, Thérèse! Ne te semble-t-il pas que nous avons déjà vu cette figure-là quelque part?
—En effet, dit Thérèse.
—C’est singulier, dit à son tour madame de La Varenne: où donc ai-je déjà vu cette figure?
Il avait franchi les marches du perron. Après avoir attendu vainement quelqu’un qui l’annonçât, il entra au salon, dont la porte était restée entr’ouverte, et s’avança gravement vers madame de La Varenne, qui avait fait vers lui quelques pas. Rien que sa façon de se présenter aurait suffi pour dissiper toute espèce de préventions.
—Vous ne me reconnaissez pas, Madame?
A ce timbre de voix que les années n’avaient point altéré, madame de La Varenne avait tressailli: elle attachait sur l’étranger un regard curieux, hésitant.
—Vous ne me reconnaissez pas, reprit-il, et peut-être avez-vous oublié jusqu’à mon nom.
Il allait se nommer.—Evrard! s’écria-t-elle avec une explosion de joyeuse surprise. Comment, c’est vous! c’est vous, mon cher Paul! Mais embrassez-moi donc, appelez-moi Julie comme autrefois. Ne suis-je plus votre amie d’enfance, votre compagne de jeunesse? Et moi qui ne vous ai pas reconnu tout de suite! C’est que vous êtes changé, savez-vous? Aussi quelle idée d’aller faire la guerre aux Arabes! Je n’espérais plus vous revoir. Combien y a-t-il de temps que vous avez quitté le pays?