—Vingt années aujourd’hui, Julie.

—Vingt années! déjà! Vous en êtes sûr?

—Oh! très-sûr, je les ai comptées.

Pendant qu’ils causaient, pendant qu’Evrard racontait en peu de mots qu’un devoir impérieux l’ayant obligé de venir en France, il n’avait pu résister au désir de revoir un instant son lieu natal et les amis qu’il y avait laissés, Thérèse et Marthe, retirées toutes deux dans une embrasure de fenêtre, reconnaissaient le parrain de Paul, le héros d’Afrique dont elles avaient vu le portrait aux Aubiers. Chacune d’elles se demandait si la présence de cet hôte inattendu n’allait pas changer le cours des événements, s’il n’y avait pas dans son arrivée quelque chose de providentiel, et, sans se communiquer leurs pensées, toutes deux contemplaient en silence ce mâle et beau visage comme s’il leur promettait un sauveur.

—Ma fille, dit madame de La Varenne en présentant Thérèse.

—Voulez-vous que je sois votre ami, Mademoiselle? demanda Evrard avec une expression de tendresse infinie.

—Oh! oui, Monsieur, oh! oui, je le veux bien! répondit Thérèse, émue jusqu’aux larmes sans savoir pourquoi.

—Allons, embrassez-la, dit madame de La Varenne.

Il l’entoura d’un de ses bras et la pressa doucement sur son cœur.

—Une autre fille à moi, Mademoiselle de Champlieu. Vous vous souvenez de sa mère?