Je vais apprendre à monter à cheval et je suis Montagnard. Les Girondins rêvaient une liberté aux yeux bleus. J'ai les yeux noirs. Ils étaient d'Athènes, la Montagne était de Sparte. Je suis de Sparte au brouet noir. C'était le brouet noir dans la maison Vingtras.
«Tu veux avoir un habit à revers, un chapeau à plumes, et une ceinture tricolore, m'a dit un gros qui mange avec nous et qui n'a pas d'opinion, mais qui est tout de même—c'est drôle—très bon garçon et très brave.
—Je suis prêt à me battre, je veux mourir, ai-je dit embarrassé et pensant que c'était réponse à tout.
—Je le crois, si tu n'avais pas cela, tu mériterais qu'on te gifle et te tue! Heureusement tu as le courage de ton orgueil et l'héroïsme de ta bêtise. Tu n'es qu'un gamin qui se trompe, un petit cuistre qui s'égare: tu te fera casser la tête au premier jour. Soit! Si on ne la fracasse pas tout entière, s'il en reste un morceau, ça mettra du plomb dedans.»
Pourtant, je ne crois pas faire mal et je pense bien à affranchir le peuple au milieu de tout ça.
C'est vrai que j'aimerais bien un grand chapeau à plumes, un sabre au bout d'une ficelle et la large ceinture tricolore. J'ai été si mal mis quand j'étais petit…
«Tu voudrais la vie des camps parce que c'est encore du bouzin, du grand bouzin, parce que tu sors du collège, que tu n'aimais pas, mais que tu as la haine des pions, parce que tu as été battu, fouetté, humilié, et que tu voudrais fouetter à ton tour. Tu as été fouetté dans les coins, tu voudrais fouetter devant l'histoire. On te mettrait au séquestre; tu voudrais envoyer à Sinnamari, moutard qui crois que tu songes à sauver le monde; tu veux faire payer tes pensums à l'humanité.»
11 Le comité des jeunes
On n'a pas de journal. Du moins, faudrait-il un Comité!
Quelqu'un prend l'initiative, et au moment du café, chez Renoul, nous trouvons un soir, devant nous, des petits bouts de papier attachés avec des épingles.