L'homme se dépêche de m'expédier.
«Vous tirerez le diable par la queue jusqu'à quarante ans; alors, vous songerez à vous marier, mais il sera trop tard: celle qui vous plaira vous trouvera trop vieux et trop laid, et l'on vous renverra de la famille.»
Il me pousse dans le corridor et appelle le dix de trèfle.
Il n'y a plus qu'à aller du côté de l'amoureuse à Matoussaint.
Je ne connais malheureusement que sa figure et son petit nom.
Matoussaint l'avait baptisée Torchonette.
Je bats la rue des Vieux-Augustins en longeant les trottoirs et cherchant les fruitières: il y en a deux ou trois. Je me plante devant les choux et les salades en regardant passer les femmes; toutes me voient rôder avec des gestes de singe, car je fais des grimaces pour me donner une contenance et je me tortille comme quelqu'un qui pense à des choses vilaines… je dois tout à fait ressembler à un singe.
Je ne puis pas aller vers les fruitières et leur dire:
«Avez-vous une nièce qui s'appelle Torchonette et qui aimait M. Matoussaint? Avez-vous un parent qui se soûlait tous les jours à la Bastille?»
Je ne puis qu'attendre, continuer à marcher en me traînant devant les boutiques, avec la chance de voir passer Torchonette.
J'ai eu cette bêtise, j'ai eu ce courage, comptant sur le hasard, et je suis resté des heures dans cette rue, toisé par les sergents de ville; mon attitude était louche, ma rôderie monotone, inquiétante.