Pourquoi ai-je mis les pieds dans ce métier! Mon père! pourquoi avez-vous commis le crime de ne pas me laisser devenir ouvrier!…

De quel droit m'avez-vous enchaîné à cette carrière de lâches?…

«Laisse donc ta sacrée politique de côté, et fais de la copie pour le pognon.»

Soit! je travaillerai pour le pognon.

Je laisserai aller de la prose qui sera tout simplement une traînée d'encre, mais par exemple je ne signerai pas!

Non, je ne signerai pas. J'avais mis mon nom au bas de l'article contre Nisard, je prends un masque de carton maintenant. Je n'ai pas attendu, pâti, lutté pour aboutir à signer des niaiseries!

On a consenti à me laisser prendre le masque de carton. À l'ombre de ses trois lettres je travaille sans responsabilité. J'en livre pour l'argent qu'on me donne. Je ne relis pas la copie que je porte. Si par hasard c'est bon, tant mieux, si c'est mauvais, tant pis. Il paraît qu'une fois ou deux j'ai été intéressant entre autres le jour où j'ai parlé d'un mort célèbre dont j'avais connu la misère. C'est qu'il était mort celui-là et l'on pouvait le louer ou l'assommer sans crainte. J'avais laissé parler mon coeur et on ne l'avait pas fait taire.

Une semaine pourtant—celle où l'on a enterré un réactionnaire célèbre de 48—je suis sorti de mon insouciance et de mon dégoût, et j'ai demandé à avoir le champ libre—je signerai cette fois, si l'on veut!

«Vas-y!»

Ah bien oui! J'ai encore mis des mots qui font bondir Monnain.