La gourmandise: mais ce serait très ennuyeux de voir un homme qui passerait sa soirée à manger des confitures—si je voulais faire vrai.
La paresse—si les pièces doivent être vécues, il ne doit pas y avoir de pièce sur la paresse—on est trop fainéant pour en faire.
L'envie? Je ne sais pas ce que c'est. J'ai eu envie de boulette de mou de veau, j'ai eu envie encore d'avoir des fleurs dans ma chambre et pas des punaises dans mon lit… J'ai eu envie de n'être pas bête comme celui-ci, capon comme celui-là! Je meurs d'envie de me coucher quand j'ai sommeil, de dîner quand vient cinq heures. Je ne crois pas qu'on puisse faire une pièce très corsée avec ça!
La colère!—Je veux faire cinq actes. Une personne ne peut pas être en colère pendant cinq actes—taper du pied, s'arracher les cheveux et grincer des dents! Ça me fatiguerait trop!
L'avarice! Molière a écrit L'Avare! M. Michel Perrin aussi. J'ai vu Bouffé là-dedans! D'ailleurs, je ne suis pas avare. Où trouver mon type?…
Je voudrais être vieux.
Place aux jeunes! Ils mettent ça dans tous leurs articles. C'est dans tous les petits journaux qui pendent sous l'Odéon, et tous ceux qui ont de longs cheveux le disent—quelques-uns qui n'en ont pas le disent aussi. Il paraît que Dennery encombre toutes les voies! Si Dennery était mort, la littérature dramatique changerait de face. Dennery est là et le grand art s'étiole, et les talents verts languissent, pourrissent, moisissent et finissent par retourner dans leur pays, par entrer dans un bureau! Ils prennent une petite place de dix-huit cents francs dans un bureau, ils auraient pu la prendre grande au soleil du théâtre!
Il n'y a pas de soleil au théâtre, c'est des quinquets.
Place aux jeunes! mais moi, je suis jeune et ça ne me réussit pas!…
31 Le duel