Il y a tout un monde de vieilles filles qu'on appelle de ce nom-là.

«M'man, qu'est-ce que ça veut dire, une béate?»

Ma mère cherche une définition et n'en trouve pas; elle parle de consécration à la Vierge, de voeux d'innocence.

«L'innocence. Ma grand-tante Agnès représente l'innocence? C'est fait comme cela, l'innocence!»

Elle a bien soixante-dix ans, et elle doit avoir les cheveux blancs; je n'en sais rien, personne n'en sait rien, car elle a toujours un serre-tête noir qui lui colle comme du taffetas sur le crâne; elle a, par exemple, la barbe grise, un bouquet de poils ici, une petite mèche qui frisotte par là, et de tous côtés des poireaux comme des groseilles, qui ont l'air de bouillir sur sa figure.

Pour mieux dire, sa tête rappelle, par le haut, à cause du serre-tête noir, une pomme de terre brûlée et, par le bas, une pomme de terre germée: j'en ai trouvé une gonflée, violette, l'autre matin, sous le fourneau, qui ressemblait à grand-tante Agnès comme deux gouttes d'eau.

«Voeux d'innocence.»

Ma mère fait si bien, s'explique si mal, que je commence à croire que c'est malpropre d'être béate, et qu'il leur manque quelque chose, ou qu'elles ont quelque chose de trop.

Béate?

Elles sont quatre «béates» qui demeurent ensemble—pas toutes avec des poireaux couleur de feu sur une peau couleur de cendre, comme grand-tante Agnès, qui est coquette, mais toutes avec un brin de moustache ou un bout de favoris, une noix de côtelette, et l'inévitable serre-tête, l'emplâtre noir!