Il a l'air dur et triste,—maigre, jaune, le menton pointu,— et raide comme une épée.

Est-ce que les gendarmes ne le surveillent pas? Lui parle-t-on? A-t-il un boulet? Je me rappelle bien que l'on punit tous les impies dans la Bible, et les livres de la bibliothèque les appellent des scélérats! J'en touche un mot à mon oncle, le soir; il me répond mal, et je commence à croire qu'il en est des protestants infâmes comme des bêtes qui parlent dans La Fontaine. Des farces tout ça!

Il faut partir.

Mon oncle a une tournée à faire, et je dois d'ailleurs bientôt rentrer à Saint-Étienne pour le collège.

Nous partons par le chemin que j'ai pris pour venir, mais j'ai cette fois un cheval doux, on m'a caleçonné, ouaté, et je me suis suifé d'avance. D'ailleurs, j'ai monté à cheval depuis un mois, je suis aguerri, et je trouve une joie bien vive à me retourner sur la selle pour dire adieu au paysage. Je donne un coup de talon pour avoir un temps de galop, je flatte la bête comme un vieil ami…

Mon oncle me quitte à la Croix de la Mission. Il me parle avec bonté.

«Travaille bien, dit-il.

—Vous écrirez à papa de me faire revenir l'année prochaine.

—Ton père! ce n'est pas ton père qui t'empêchera, mais peut-être ta mère; je ne suis pas bien avec ta mère, vois-tu!»

Je le sais. Dans les premiers jours de mon arrivée, j'ai entendu la servante parler dans la chambre.