Ce que ma mère me dit de choses blessantes pendant la leçon de maintien, ce que je la fais souffrir dans ses goûts d'élégance, cette femme, à quel point je suis commun et j'ai l'air d'un paysan, non, ce n'est pas possible de le dire! Je ne puis pas arriver à glisser mon pied ni même à tenir mon petit doigt en l'air!
«Je te croyais fort», dit ma mère, qui sait que je pose un peu pour le moignon et qui veut me blesser dans mon orgueil.
Je ne suis pas fort, il paraît, puisque au bout de dix minutes, l'auriculaire retombe énervé, demandant grâce, crispé comme une queue de rat empoisonné! Rien que d'y penser, il se tord encore aujourd'hui et j'en ai la chair de poule.
Au bout de deux mois, c'est à peine si je suis en état de faire une révérence à trois glissades; en tout cas, je suis incapable de parler en même temps. Si je parlais, il me semble que je dirais: j'avons, jarnigué, moussu le maire, parce que je salue comme les villageois dans les pièces. Il me prend des envies, quand je répète avec ma mère, de l'appeler «Nanette» et de lui crier que je m'appelle «Jobin», ce qui est faux, on le sait, et ce qui est mal, je le sens bien!
Il faut pourtant que tout ce temps-là n'ait pas été perdu, que je mette en pratique, tôt ou tard, mes leçons d'élégance et que je fasse plus ou moins honneur à M. Soubasson, à ma mère.
«Jacques, nous irons samedi voir la femme du proviseur. Prépare ton maintien.»
J'en serre l'auriculaire avec frénésie, je fais et refais des révérences, j'en sue le jour, j'en rêve la nuit!
Le samedi arrive, nous allons chez le proviseur en cérémonie.
«Pan, pan!
—Entrez!»