Ma mère m'a parlé souvent de cette apparition, de cet homme qui se détournait de son chemin pour savoir qui m'habillait.
Je suis en noir souvent, «rien n'habille comme le noir», et en habit, en frac, avec un chapeau haut de forme; j'ai l'air d'un poêle.
Cependant, comme j'use beaucoup, on m'a acheté, dans la campagne, une étoffe jaune et velue, dont je suis enveloppé. Je joue l'ambassadeur lapon. Les étrangers me saluent; les savants me regardent.
Mais l'étoffe dans laquelle on a taillé mon pantalon se sèche et se racornit, m'écorche et m'ensanglante.
Hélas! Je vais non plus vivre, mais me traîner.
Tous les jeux de l'enfance me sont interdits. Je ne puis jouer aux barres, sauter, courir, me battre. Je rampe seul, calomnié des uns, plaint par les autres, inutile! Et il m'est donné, au sein même de ma ville natale, à douze ans, de connaître, isolé dans ce pantalon, les douleurs sourdes de l'exil.
Madame Vingtras y met quelquefois de l'espièglerie.
On m'avait invité pendant le carnaval à un bal d'enfants. Ma mère m'a vêtu en charbonnier. Au moment de me conduire, elle a été forcée d'aller ailleurs; mais elle m'a mené jusqu'à la porte de M. Puissegat, chez qui se donnait le bal.
Je ne savais pas bien le chemin et je me suis perdu dans le jardin; j'ai appelé.
Une servante est venue et m'a dit: