J'ai trouvé l'état qui me convient…
J'aurai, moi aussi, le bourgeron bleu et le bonnet de papier gris, j'appuierai sur cette roue, je brusquerai ces rouleaux, je respirerai ce parfum,—c'est grisant, vrai! comme du gros vin.
Compositeur? Non.—Imprimeur, à la bonne heure!
Le beau métier, où l'on entend vivre et gémir une machine, où tout le monde à un moment est ému comme dans une bataille.
Il faut être fort,—de grands gestes. Il y a du fer, du bruit, j'aime ça. On gagne sa vie, et l'on lit le premier le journal.
Je n'en parle pas; je garde pour moi mon projet. Je sens que c'est une force d'être muet, quand ce que l'on veut est ce que les autres ne veulent pas. Je ne dirai rien, mais quelle joie!
Il y a un peu de vanité cruelle dans cette joie-là.
Je pense que je vais être si supérieur aux camarades qui mènent la vie de bohème!—il n'y a pas à dire—parce qu'ils n'ont pas d'ouvrage sûr; tandis que moi, je me ferai mes cinq francs par jour vaille que vaille, en ne fatiguant que mes bras.
Je ne dépendrai de personne, et la nuit je lirai, le dimanche j'écrirai.—Je serai d'une société secrète, si je veux.— J'aurai mangé quand j'irai, et je pourrai encore donner quelque chose pour les prisonniers politiques ou pour acheter des armes…
Vivre en travaillant, mourir en combattant!