Un coup de couteau ne me ferait pas plus de mal.

Il y a un mois, je serais parti content, et j'aurais peut-être craché sur Paris en passant la barrière, tant j'avais été étouffé là-dedans, tant j'avais eu de désillusions en voyant mes camarades et mes maîtres.

Mais depuis un mois, il y a eu les larmes de ma mère et, au lendemain de cette scène, la liberté pleine; de temps en temps quarante sous, pour souper d'un peu de cochon avec des amis, et, le dimanche, dîner d'un boeuf braisé à Ramponneau.

J'ai été mêlé à la foule, j'ai entendu rire en mauvais français, mais de bon coeur. J'ai entendu parler du peuple et des citoyens: on disait Liberté et non pas Libertas.

Il a toujours été question de pauvreté autour de moi; mon père a été humilié parce qu'il était pauvre, je l'ai été aussi, et voilà qu'au lieu des discours de Caton, de Cicéron, des gens en _o, onis, us, i, orum, _je vois qu'on se réunit sur la place publique pour discuter la misère, et demander du travail ou la mort.

«Hé! Jean-Marie, puisqu'il n'y a pas de miche à la maison, vaut-il pas mieux passer le goût du pain?»

Retourner là-bas?

À qui parlerai-je de République et de révolte?

Est-ce qu'on s'est jamais soulevé à Nantes? Ce serait autre chose à Lyon!

Oh! si je n'avais promis à ma mère!—si elle n'avait pas pleuré!