J'en tremble d'avance. J'ai peur d'avoir l'air si bête…—Non, j'ai peur qu'on devine que j'aimerais que ce ne fût point sa fête…
La fête de mon père!
Mes inquiétudes redoublent, quand ma mère m'annonce que je devrai offrir un pot de fleurs.
Comme ce sera difficile!
Mais ma mère sait comment on exprime l'émotion et la joie d'avoir à féliciter son père de ce qu'il s'appelle Antoine.
Nous faisons des répétitions.
D'abord, je gâche trois feuilles de papier à compliments: j'ai beau tirer la langue, et la remuer, et la crisper en faisant mes majuscules, j'éborgne les o, j'emplis d'encre la queue des g, et je fais chaque fois un pâté sur le mot «allégresse». J'en suis pour une série de taloches. Ah! elle me coûte gros, la fête de mon père!
Enfin, je parviens à faire tenir, entre les filets d'or teintés de violet et portés par des colombes, quelques phrases qui ont l'air d'ivrognes, tant les mots diffèrent d'attitudes, grâce aux haltes que j'ai faites à chaque syllabe pour les fioner!
Ma mère se résigne et décide qu'on ne peut pas se ruiner en mains de papier; je signe—encore un pâté—encore une claque.— C'est fini!
Reste à régler la cérémonie.