Sauf à cette place, la berge méridionale est obscure tandis que, à l'opposé, Bee-Hive est en partie éclairée jusqu'à la paroi du nord. À l'ouverture supérieure de la voûte, au-dessus de l'obscur lagon, brillent quelques scintillantes étoiles. Le ciel est pur, la tempête s'est apaisée, le tourbillon des bourrasques ne pénètre plus à l'intérieur de Back-Cup.

Arrivé près du laboratoire, je rampe le long de la paroi et, après m'être haussé jusqu'à la vitre, j'aperçois Thomas Roch…

Il est seul. Sa tête, vivement illuminée, se présente de trois quarts. Si ses traits sont tirés, si le pli de son front est plus accusé, du moins sa physionomie dénote une tranquillité parfaite, une pleine possession de lui-même. Non! ce n'est plus le pensionnaire du pavillon 17, le fou de Healthful-House, et je me demande s'il n'est pas radicalement guéri, s'il n'y a plus à redouter que sa raison sombre dans une dernière crise?…

Thomas Roch vient de poser sur un établi deux étuis de verre, et il en tient un troisième à la main. En l'exposant à la lumière de l'ampoule, il observe la limpidité du liquide que cet étui renferme. J'ai un instant l'envie de me précipiter dans le laboratoire, de saisir ces tubes, de les briser… Mais Thomas Roch n'aurait-il pas le temps d'en fabriquer d'autres?… Mieux vaut m'en tenir à mon premier projet.

Je pousse la porte, j'entre, et je dis:

«Thomas Roch?…»

Il ne m'a pas vu, il ne m'a pas entendu.

«Thomas Roch?…» répétai-je. Il relève la tête, se retourne, me regarde… «Ah! c'est vous, Simon Hart!» répond-il d'un ton calme, — indifférent même. Il connaît mon nom. L'ingénieur Serkö a voulu lui apprendre que c'était, non le gardien Gaydon, mais Simon Hart, qui le surveillait à Healthful-House. «Vous savez?… dis-je.

— Comme je sais dans quel but vous avez rempli près de moi ces fonctions… Oui! vous aviez l'espoir de surprendre un secret qu'on n'avait pas voulu m'acheter à son prix!»

Thomas Roch n'ignore rien, et peut-être est-il préférable que cela soit, eu égard à ce que je veux lui dire.