— Libre!… Vous vous croyez libre, Thomas Roch!… Entre les parois de cette caverne, n'êtes-vous pas enfermé plus étroitement que vous ne l'étiez entre les murs de Healthful-House!

— L'homme qui est chez lui, réplique Thomas Roch d'une voix que la colère commence à surélever, sort comme il lui plaît et quand il lui plaît!… Je n'ai qu'un mot à dire pour que toutes les portes s'ouvrent devant moi!… Cette demeure est la mienne!… Le comte d'Artigas m'en a donné la propriété avec tout ce qu'elle contient!… Malheur à ceux qui viendraient l'attaquer!… J'ai là de quoi les anéantir, Simon Hart!»

Et, en parlant ainsi, l'inventeur agite fébrilement le tube de verre qu'il tient à la main.

Je m'écrie alors:

«Le comte d'Artigas vous a trompé, Thomas Roch, comme il en a trompé tant d'autres!… Sous ce nom se cache l'un des plus redoutables malfaiteurs qui aient désolé les mers du Pacifique et de l'Atlantique!… C'est un bandit chargé de crimes… c'est l'odieux Ker Karraje…

— Ker Karraje!» répète Thomas Roch. Et je me demande si ce nom ne lui cause pas une certaine impression, si sa mémoire ne lui rappelle pas ce que fut celui qui le porte… En tout cas, je constate que cette impression s'efface presque aussitôt. «Je ne connais pas ce Ker Karraje, dit Thomas Roch en tendant le bras vers la porte pour m'enjoindre de sortir. Je ne connais que le comte d'Artigas…

— Thomas Roch, ai-je repris en faisant un dernier effort, le comte d'Artigas et Ker Karraje ne sont qu'un seul et même homme!… Si cet homme vous a acheté votre secret, c'est dans le but d'assurer l'impunité de ses crimes, la facilité d'en commettre de nouveaux. Oui… le chef de ces pirates…

— Les pirates… s'écrie Thomas Roch, dont l'irritation s'accroît à mesure qu'il se sent pressé davantage, les pirates, ce sont ceux qui oseraient me menacer jusque dans cette retraite, qui l'ont essayé avec le Sword, car Serkö m'a tout appris… qui ont voulu me voler chez moi ce qui m'appartient… ce qui n'est que le juste prix de ma découverte…

— Non, Thomas Roch, ce sont ceux qui vous ont emprisonné dans cette caverne de Back-Cup, qui vont employer votre génie à les défendre, et qui se déferont de vous lorsqu'ils auront l'entière possession de vos secrets!…»

Thomas Roch m'interrompt à ces mots… Il ne semble plus rien entendre de ce que je lui dis… C'est sa propre pensée qu'il suit et non la mienne, — cette obsédante pensée de vengeance, habilement exploitée par l'ingénieur Serkö, et dans laquelle s'est concentrée toute sa haine.