Il descendit alors les degrés du perron, et Gaydon l'accompagna jusqu'au fond de l'allée montante, après avoir laissé la porte du pavillon entrouverte.

Dès que tous deux se furent éloignés d'une vingtaine de pas, le capitaine Spade se releva, et les matelots le rejoignirent.

Ne fallait-il pas profiter de cette circonstance que le hasard offrait pour pénétrer dans la chambre, s'emparer de Thomas Roch, alors plongé dans un demi-sommeil, puis attendre que Gaydon fût de retour pour le saisir?…

Mais dès que le gardien aurait constaté la disparition de Thomas Roch, il se mettrait à sa recherche, il appellerait, il donnerait l'éveil… Le médecin accourrait aussitôt… Le personnel de Healthful-House serait sur pied… Le capitaine Spade n'aurait pas le temps de gagner la porte de l'enceinte, de la franchir, de la refermer derrière lui…

Du reste, il n'eut pas le loisir de réfléchir à ce sujet. Un bruit de pas sur le sable indiquait que Gaydon gagnait le pavillon. Le mieux était de se précipiter sur lui, d'étouffer ses cris avant qu'il eût pu donner l'alarme, de le mettre dans l'impossibilité de se défendre. À quatre, à cinq même, on aurait aisément raison de sa résistance, et on l'entraînerait hors du parc. Quant à l'enlèvement de Thomas Roch, il n'offrirait aucune difficulté, puisque ce malheureux dément n'aurait même pas connaissance de ce que l'on ferait de lui.

Cependant Gaydon venait de tourner le massif, et se dirigeait vers le perron. Mais, au moment où il mettait le pied sur la première marche, les quatre matelots s'abattirent sur lui, l'étendirent à terre sans lui avoir laissé la possibilité de pousser un cri, le bâillonnèrent avec un mouchoir, lui appliquèrent un bandeau sur les yeux, lui lièrent les bras et les jambes, et si étroitement qu'il fut réduit à ne plus être qu'un corps inerte.

Deux des hommes restèrent à son côté, tandis que le capitaine
Spade et les autres s'introduisaient dans la chambre.

Ainsi que le pensait le capitaine, Thomas Roch se trouvait en un tel état que le bruit ne l'avait même pas tiré de sa torpeur. Étendu sur la chaise longue, les yeux clos, n'eût été sa respiration fortement accentuée, on aurait pu le croire mort. Il ne parut point indispensable de l'attacher ni de le bâillonner. Il suffisait que l'un des deux hommes le saisît par les pieds, l'autre par la tête, et ils le porteraient jusqu'à l'embarcation gardée par le maître d'équipage de la goélette.

C'est ce qui fut fait en un instant.

Le capitaine Spade quitta le dernier la chambre, après avoir eu le soin d'éteindre la lampe et de refermer la porte. De cette façon, il y avait lieu d'admettre que l'enlèvement ne pourrait être découvert avant le lendemain et au plus tôt dans les premières heures de la matinée.