Deux minutes après, le canot se trouvait rendu bord à bord avec l'Ebba.
Le comte d'Artigas était appuyé sur le bastingage, près de l'échelle de coupée.
«C'est fait, Spade?… demanda-t-il.
— C'est fait.
— Tous les deux?…
— Tous les deux… le gardien et le gardé!…
— Personne ne se doute à Healthful-House?…
— Personne.» Il n'était pas présumable que Gaydon, les oreilles et les yeux sous le bandeau, eût pu reconnaître la voix du comte d'Artigas et du capitaine Spade. Ce qu'il convient d'observer, au surplus, c'est que ni Thomas Roch ni lui ne furent immédiatement hissés à bord de la goélette. Il y eut des frôlements le long de la coque. Une demi-heure se passa, avant que Gaydon, qui avait conservé tout son sang-froid, se sentît soulevé, puis descendu à fond de cale. L'enlèvement étant accompli, il semblait que l'_Ebba _n'avait plus qu'à quitter son mouillage, afin de redescendre l'estuaire, à traverser le Pamplico-Sound, à donner en pleine mer. Et, cependant, il ne se fit à bord aucune de ces manoeuvres qui accompagnent l'appareillage d'un navire. N'était-il donc pas dangereux, pourtant, de demeurer à cette place, après le double rapt opéré dans la soirée? Le comte d'Artigas avait-il assez étroitement caché ses prisonniers pour qu'ils ne pussent être découverts, si l'Ebba, dont la présence à proximité de Healthful-House devait paraître suspecte, recevait la visite des agents de New-Berne?…
Quoi qu'il en soit, une heure après le retour de l'embarcation, — sauf les hommes de quart étendus à l'avant, — l'équipage dans son poste, le comte d'Artigas, Serkö, le capitaine Spade dans leurs cabines, tous dormaient à bord de la goélette, immobile sur ce tranquille estuaire de la Neuze.
IV
La goélette Ebba