— Ce Thomas Roch que j'ai vu hier pendant une visite à l'établissement… que j'ai questionné en présence du directeur… qui a été pris d'une violente crise au moment où nous l'avons quitté, le capitaine Spade et moi?…»

L'officier observait l'étranger avec une extrême attention, cherchant à surprendre quelque chose de suspect dans son attitude ou dans ses paroles.

«Cela n'est pas croyable!» ajouta le comte d'Artigas. Et il dit cela, comme s'il venait d'entendre parler pour la première fois du rapt de Healthful-House. «Monsieur, reprit-il, je comprends ce que doivent être les inquiétudes de l'administration, étant donné la personnalité de ce Thomas Roch, et j'approuve les mesures qui ont été décidées. Inutile de vous affirmer que ni l'inventeur français ni son surveillant ne sont à bord de l'Ebba. Du reste, vous pouvez vous en assurer en visitant la goélette aussi minutieusement qu'il vous conviendra. — Capitaine Spade, veuillez accompagner ces messieurs.» Cette réponse faite, après avoir salué froidement le lieutenant du Falcon, le comte d'Artigas revint s'asseoir dans son fauteuil et replaça le cigare entre ses lèvres. Les deux officiers et les huit matelots, conduits par le capitaine Spade, commencèrent aussitôt leurs perquisitions. En premier lieu, par le capot du rouf, ils descendirent au salon d'arrière, — salon luxueusement aménagé, meublé, panneaux en bois précieux, objets d'art de haute valeur, tapis et tentures d'étoffes de grand prix.

Il va sans dire que ce salon, les cabines y attenant, la chambre du comte d'Artigas, furent fouillés avec le soin qu'auraient été capables d'y apporter les agents les plus expérimentés de la police. Le capitaine Spade se prêtait d'ailleurs à ces recherches, ne voulant pas que les officiers pussent conserver le moindre soupçon à l'égard du propriétaire de l'Ebba.

Après le salon et les chambres de l'arrière, on passa dans la salle à manger, richement ornée. On fouilla les offices, la cuisine, et, sur l'avant, les cabines du capitaine Spade et du maître d'équipage, puis le poste des hommes, sans que ni Thomas Roch ni Gaydon eussent été découverts.

Restait alors la cale et ses divers aménagements, qui exigeaient une très précise perquisition. Aussi, lorsque les panneaux furent relevés, le capitaine Spade dut-il faire allumer deux fanaux afin de faciliter la visite.

Cette cale ne contenait que des caisses à eau, des provisions de toute sorte, des barriques de vin, des pipes d'alcool, des fûts de gin, de brandevin et de whisky, des tonneaux de bière, un stock de charbon, le tout en abondance, comme si la goélette eût été pourvue pour un long voyage. Entre les vides de cette cargaison, les matelots américains se glissèrent jusqu'au vaigrage intérieur, jusqu'à la carlingue, s'introduisant dans les interstices des ballots et des sacs… Ils en furent pour leur peine.

Évidemment, c'était à tort que le comte d'Artigas avait pu être soupçonné d'avoir pris part à l'enlèvement du pensionnaire de Healthful-House et de son gardien.

Cette perquisition, qui dura deux heures environ, se termina sans avoir donné aucun résultat.

À cinq heures et demie, les officiers et les hommes du _Falcon _remontèrent sur le pont de la goélette, après avoir consciencieusement opéré à l'intérieur et acquis l'absolue certitude que ni Thomas Roch ni Gaydon ne s'y trouvaient. À l'extérieur, ils visitèrent inutilement le gaillard d'avant et les embarcations. Leur conviction fut donc que l'Ebba avait été suspectée par erreur.