Le capitaine Spade les accompagna jusqu'à la coupée, et, suivis de leurs matelots, ils rallièrent le croiseur, qui les attendait à deux encablures.
Sur un signe du comte d'Artigas, le capitaine Spade commanda de rétablir la voilure, telle qu'elle était avant que la goélette eût mis en panne. La brise avait fraîchi, et, d'une rapide allure, l'Ebba se dirigea vers l'inlet d'Hatteras.
Une demi-heure après, la passe franchie, le yacht naviguait en pleine mer.
Pendant une heure, le cap fut maintenu vers l'est-nord-est. Mais, ainsi que cela se produit d'habitude, la brise, qui venait de terre, ne se faisait plus sentir à quelques milles du littoral. L'Ebba, encalminée, les voiles battant sur les mâts, l'action du gouvernail nulle, demeura stationnaire à la surface d'une mer que ne troublait pas le moindre souffle.
Il semblait, dès lors, que la goélette serait dans l'impossibilité de continuer sa route de toute la nuit.
Le capitaine Spade était resté en observation à l'avant. Depuis la sortie de l'inlet, son regard ne cessait de se porter tantôt à bâbord, tantôt à tribord, comme s'il eût essayé d'apercevoir quelque objet flottant dans ces parages.
En ce moment, il cria d'une voix forte:
«À carguer tout!»
En exécution de cet ordre, les matelots s'empressèrent de larguer les drisses, et les voiles abattues furent serrées sur les vergues, sans que l'on prît soin de les recouvrir de leurs étuis.
L'intention du comte d'Artigas était-elle d'attendre le retour de l'aube à cette place, en même temps que la brise du matin? Mais il est rare que l'on ne demeure pas sous voiles afin d'utiliser les premiers souffles favorables.