Le canot fut mis à la mer, et le capitaine Spade y descendit accompagné d'un matelot qui le dirigea à la godille vers un objet surnageant à une dizaine de toises de bâbord.

Cet objet était une petite bouée semblable à celle qui flottait sur les eaux de la Neuze, alors que l'Ebba stationnait près de la berge de Healthful-House.

Dès que cette bouée eut été relevée ainsi qu'une amarre qui y était fixée, le canot la transporta sur l'avant de la goélette.

Au commandement du maître d'équipage, une remorque, envoyée du bord, fut rattachée à la première amarre. Puis le capitaine Spade et le matelot remontèrent sur le pont de la goélette, aux portemanteaux de laquelle on hissa le canot.

Presque aussitôt, la remorque se tendit, et l'Ebba, à sec de toile, prit direction vers l'est avec une vitesse qui ne pouvait être inférieure à une dizaine de milles.

La nuit était close, et les feux du littoral américain eurent bientôt disparu dans les brumes de l'horizon.

V
Où suis-je?

(Notes de l'ingénieur Simon Hart.)

Où suis-je?… Que s'est-il passé depuis cette agression soudaine, dont j'ai été victime à quelques pas du pavillon?…

Je venais de quitter le docteur, j'allais gravir les marches du perron, rentrer dans la chambre, en fermer la porte, reprendre mon poste près de Thomas Roch, lorsque plusieurs hommes m'ont assailli et terrassé?… Qui sont-ils?… Je n'ai pu les reconnaître, ayant les yeux bandés… Je n'ai pu appeler au secours, ayant un bâillon sur la bouche… Je n'ai pu résister, car ils m'avaient lié bras et jambes… Puis, en cet état, j'ai senti qu'on me soulevait, que l'on me transportait l'espace d'une centaine de pas… que l'on me hissait… que l'on me descendait… que l'on me déposait…