Combien de temps ai-je dormi?… Je l'ignore. Fait-il nuit, fait- il jour?… Je ne saurais le dire. Mais, ce que j'observe en premier lieu, c'est que ma respiration est plus facile. Mes poumons s'emplissent d'un air qui n'est plus empoisonné d'acide carbonique.

Est-ce que cet air a été renouvelé tandis que je dormais?… Le compartiment a-t-il été ouvert?… Quelqu'un est-il entré dans cet étroit réduit?…

Oui… et j'en ai la preuve.

Ma main — au hasard — vient de saisir un objet, un récipient rempli d'un liquide dont l'odeur est engageante. Je le porte à mes lèvres, qui sont brûlantes, car je suis torturé par la soif à ce point que je me contenterais même d'une eau saumâtre.

C'est de l'ale, — une ale de bonne qualité, — qui me rafraîchit, me réconforte, et dont j'absorbe une pinte entière.

Mais si on ne m'a pas condamné à mourir de soif, on ne m'a pas, je suppose, condamné à mourir de faim?…

Non… Dans un des coins a été déposé un panier, et ce panier contient une miche de pain avec un morceau de viande froide.

Je mange donc… je mange avidement, et les forces peu à peu me reviennent.

Décidément, je ne suis pas aussi abandonné que je l'aurais pu craindre. On s'est introduit dans ce trou obscur, et, par la porte, a pénétré un peu de cet oxygène du dehors sans lequel j'aurais été asphyxié. Puis, on a mis à ma disposition de quoi calmer ma soif et ma faim jusqu'à l'heure où je serai délivré.

Combien de temps cette incarcération durera-t-elle encore?… Des jours… des mois?… Il ne m'est pas possible, d'ailleurs, de calculer le temps qui s'est écoulé pendant mon sommeil ni d'établir avec quelque approximation l'heure qu'il est. J'avais bien eu soin de remonter ma montre, mais ce n'est pas une montre à répétition… Peut-être, en tâtant les aiguilles?… Oui… il me semble que la petite est sur le chiffre huit… du matin, sans doute…