Mes regards se dirigent de ce côté…

Le trois-mâts a disparu, la mer est déserte, et il n'y a pas un navire au large, pas une voile à l'horizon, ni vers le nord ni vers le sud…

Après avoir réfléchi, voici la seule explication que je puisse me donner, bien qu'elle ne soit acceptable que sous réserves: quoique je ne m'en sois pas aperçu, l'Ebba se sera remise en route pendant que je dormais, laissant en arrière le trois-mâts encalminé, et c'est la raison pour laquelle je ne le vois plus par le travers de la goélette.

Du reste, je me garde bien d'aller interroger le capitaine Spade à ce sujet, ni même l'ingénieur Serkö: ils ne daigneraient point m'honorer d'une réponse.

À cet instant, d'ailleurs, le capitaine Spade se dirige vers l'appareil des signaux, et presse un des boutons de la plaque supérieure. Presque aussitôt, l'Ebba éprouve une assez sensible secousse à l'avant. Puis, ses voiles toujours serrées, elle reprend son extraordinaire marche vers le levant.

Deux heures après, le comte d'Artigas apparaît à l'orifice du capot du rouf et gagne sa place habituelle près du couronnement. L'ingénieur Serkö et le capitaine Spade vont aussitôt échanger quelques mots avec lui.

Tous trois braquent leurs lorgnettes marines et observent l'horizon du sud-est au nord-est.

On ne s'étonnera pas si mes regards se fixent obstinément dans cette direction. Mais, n'ayant pas de lorgnette, je n'ai rien pu distinguer au large.

Le repas de midi terminé, nous sommes remontés sur le pont, — tous à l'exception de Thomas Roch, qui n'est pas sorti de sa cabine.

Vers une heure et demie, la terre est signalée par un des matelots grimpé aux barres du mât de misaine. Étant donné que l'_Ebba _file avec une extrême vitesse, je ne tarderai pas à voir se dessiner les premiers contours d'un littoral.