En vain essayâmes-nous de monter jusqu'à l'orifice du volcan. L'ascension était impossible sur ces pentes abruptes, lisses, glissantes, n'offrant prise ni au pied ni à la main, se profilant sous un angle de soixante-quinze à quatre-vingts degrés. Jamais je n'avais rien rencontré de plus aride que cette carapace rocheuse, sur laquelle végétaient seulement de rares touffes de luzerne sauvage aux endroits pourvus d'un peu d'humus.

Après maintes tentatives infructueuses, on essaya de faire le tour de l'îlot. Mais, sauf en la partie où les pêcheurs avaient bâti leur village, la base était impraticable au milieu des éboulis du nord, du sud et de l'ouest.

La reconnaissance de l'îlot fut donc limitée à cette exploration très insuffisante. En somme, à voir les fumées mêlées de flammes qui fusaient hors du cratère, tandis que de sourds roulements, parfois des détonations ébranlaient l'intérieur, on ne pouvait qu'approuver les pêcheurs d'avoir abandonné cet îlot, en prévision de sa destruction prochaine.

Telles sont les circonstances dans lesquelles je fus amené à visiter Back-Cup, et l'on ne s'étonnera pas si j'ai pu lui donner ce nom, dès que sa bizarre structure s'était offerte à mes yeux.

Non! je le répète, cela n'aurait pas été pour plaire au comte d'Artigas que le gardien Gaydon eût reconnu cet îlot, en admettant que l'_Ebba _y dût relâcher, — ce qui, faute de port, me paraissait inadmissible.

À mesure que la goélette se rapproche, j'observe Back-Cup, où, depuis leur départ, aucun Bermudien n'a voulu retourner. Ce lieu de pêche est actuellement délaissé, et je ne puis m'expliquer que l'Ebba y vienne en relâche.

Peut-être, après tout, le comte d'Artigas et ses compagnons n'ont- ils pas l'intention de débarquer sur le littoral de Back-Cup? Même au cas où la goélette eût trouvé un abri temporaire entre les roches au fond d'une étroite crique, quelle apparence qu'un riche yachtman ait eu la pensée d'établir sa résidence sur ce cône aride, exposé aux terribles tempêtes de l'Ouest-Atlantique? Vivre en cet endroit, cela est bon pour de rustiques pêcheurs, non pour le comte d'Artigas, l'ingénieur Serkö, le capitaine Spade et son équipage.

Back-Cup n'est plus qu'à un demi-mille, il n'a rien de l'aspect que présentent les autres îles de l'archipel sous la sombre verdure de leurs collines. À peine si, dans le pli de certaines anfractuosités, poussent quelques genévriers, et se dessinent de maigres échantillons de ces cedars qui constituent la principale richesse des Bermudes. Quant aux roches du soubassement, elles sont couvertes d'épaisses couches de varechs, sans cesse renouvelées par les apports de la houle, et aussi de végétaux filamenteux, ces sargasses innombrables de la mer de ce nom, entre les Canaries et les îles du Cap-Vert, et dont les courants jettent des quantités énormes sur les récifs de Back-Cup.

En ce qui concerne les seuls habitants de cet îlot désolé, ils se réduisent à quelques volatiles, des bouvreuils, des «mota cyllas cyalis» au plumage bleuâtre, tandis que, par myriades, les goélands et les mouettes traversent d'une aile rapide les vapeurs tourbillonnantes du cratère.

Quand elle n'est plus qu'à deux encablures, la goélette ralentit sa marche, stoppe, — c'est le mot propre, — à l'entrée d'une passe ménagée au milieu d'un semis de roches à fleur d'eau.