Le lendemain, dès la première heure, je me précipite hors de ma cellule…
Rien de nouveau aux abords de Bee-Hive.
Les hommes vaquent à leurs travaux habituels. Le tug est à son mouillage. J'aperçois Thomas Roch qui se rend à son laboratoire. Ker Karraje et l'ingénieur Serkö arpentent tranquillement la berge du lagon. On n'a point attaqué l'îlot pendant la nuit… Pourtant, le bruit de détonations rapprochées m'a tiré de mon sommeil…
En ce moment, Ker Karraje remonte vers sa demeure, et l'ingénieur Serkö se dirige vers moi, l'air souriant, la physionomie moqueuse, comme à l'ordinaire.
«Eh bien, monsieur Simon Hart, me dit-il, vous faites-vous enfin à notre existence en ce milieu si tranquille?… Appréciez-vous, comme ils le méritent, les avantages de notre grotte enchantée?… Avez-vous renoncé à l'espoir de recouvrer votre liberté un jour ou l'autre… de fuir cette ravissante spélonque… et de quitter, ajoute-t-il en fredonnant la vieille romance française:
… ces lieux charmants Où mon âme ravie Aimait à contempler Sylvie…
À quoi bon me mettre en colère contre ce railleur?… Aussi, ai-je répondu avec calme:
«Non, monsieur, je n'y ai pas renoncé et je compte toujours que l'on me rendra la liberté…
— Quoi! monsieur Hart, nous séparer d'un homme que nous estimons tous, — et moi d'un confrère qui a peut-être surpris, à travers les incohérences de Thomas Roch, une partie de ses secrets!… Ce n'est pas sérieux!…»
Ah! c'est pour cette raison qu'ils tiennent à me garder dans leur prison de Back-Cup?… On suppose que l'invention de Thomas Roch m'est en partie connue… On espère m'obliger à parler si Thomas Roch se refuse à le faire… Et voilà pourquoi j'ai été enlevé avec lui… pourquoi on ne m'a pas encore envoyé au fond du lagon, une pierre au cou!… Cela est bon à savoir!