En somme, cela pouvait passer, en l'aidant de quelques verres d'une sorte de bière alcoolisée,—ce que firent les deux convives.
Mais, soudain, Nizib de s'écrier:
«Eh! Allah me vienne en aide!
—Qu'est-ce qui vous prend, Nizib?
—Si ce que j'ai mangé là était du porc?…
—Du porc! répliqua Bruno. Ah! c'est juste, Nizib! Un bon musulman comme vous ne peut se nourrir de cet excellent mais immonde animal! Eh bien! il me semble que, si ce mets inconnue est du porc, vous n'avez plus qu'une chose à faire!
—Et laquelle?
—C'est de le digérer tout tranquillement, maintenant qu'il est mangé!»
Cela ne laissait pas d'inquiéter Nizib, très observateur des lois du
Prophète, et, comme il se sentait la conscience profondément troublée,
Bruno dut aller aux informations près du maître de l'auberge.
Nizib fut alors rassuré et put laisser sa digestion s'accomplir sans aucun remords. Ce n'était même pas de la viande, c'était du poisson, du shebac, une sorte de Saint-Pierre, que l'on fend en deux comme une morue, que l'on sèche au soleil, que l'on fume, en le suspendant au-dessus de l'âtre, que l'on mange cru ou à peu près, et dont il se fait une exportation considérable pour tout le littoral du port de Rostow, situé au fond de la pointe nord-est de la mer d'Azof.