Maîtres et serviteurs durent donc se contenter de ce maigre souper de l'auberge d'Arabat. Les lits leur parurent plus durs que les coussins de la voiture; mais, enfin, ils n'étaient point soumis aux cahoteuses secousses d'une route, ils ne remuaient pas, et le sommeil qu'ils trouvèrent dans ces chambres peu confortables, fut suffisant pour les remettre de leurs précédentes fatigues.
Le lendemain, 2 septembre, dès le soleil levant, Ahmet était sur pied, et s'occupait de chercher la maison de poste, pour y prendre des chevaux de relais. L'attelage de la veille, surmené par une étape, longue et dure, n'aurait pu se remettre en route, sans avoir pris au moins vingt-quatre heures de repos.
Ahmet comptait amener la chaise toute attelée à l'auberge, de manière que son oncle et Van Mitten n'eussent plus qu'à y monter pour suivre le chemin de la presqu'île de Kertsch.
La maison de poste était bien là, à l'extrémité du village, avec son toit agrémenté de ces crosses de bois qui ressemblent à des manches de contrebasse; mais, de chevaux frais, il n'y avait point apparence. L'écurie était vide et, même à prix d'or, le maître n'aurait pu en fournir.
Ahmet, très désappointé de ce contre-temps, revint donc à l'auberge. Le seigneur Kéraban, Van Mitten, Bruno et Nizib, prêts à partir, attendaient que la chaise arrivât. Déjà même, l'un d'eux,—il est inutile de le nommer,—commençait à donner de visibles signes d'impatience.
«Eh bien, Ahmet, s'écria-t-il, tu reviens seul? Faut-il donc que nous allions chercher la chaise au relais?
—Ce serait malheureusement inutile, mon oncle! répondit Ahmet. Il n'y a plus un seul cheval!
—Pas de chevaux?… dit Kéraban.
—Et nous ne pourrons en avoir que demain!
—Que demain?…