Aussi, Scarpante put-il se mêler a la foule et flâner sur la place du Giaour-Meïdan. Ce n'était pas, pour avoir, un instant et dans l'ombre, au caravansérail de Rissar, adressé la parole au seigneur Kéraban et à son neveu, qu'il pouvait craindre d'être reconnu. Aussi lui fut-il facile d'épier leurs pas et démarches on toute sécurité.

C'est dans ces conditions qu'il vit Ahmet, peu de temps après son arrivée à Trébizonde, se diriger vers le port, à travers les rues assez misérablement entretenues qui y aboutissent. Là, sandals, caboteurs, mahones barques de toutes sortes, étaient au sec, après avoir débarqué leurs cargaisons de fidèles, tandis que les navires de commerce, par manque de profondeur, se tenaient plus au large.

Un hammal venait d'indiquer à Ahmet le bureau du télégraphe, et Scarpante put s'assurer que le fiancé d'Amasia expédiait un assez long télégramme à l'adresse du banquier Sélim, à Odessa.

«Buh! se dit-il, voilà une dépêche qui n'arrivera jamais à son destinataire! Sélim a été mortellement frappé d'une balle que lui a envoyée Yarhud, et cela n'est pas pour nous inquiéter!»

Et, de fait, Scarpante ne s'en inquiéta pas autrement.

Puis, Ahmet revint à l'hôtel du Giaour-Meïdan. Il retrouva Amasia en compagnie de Nedjeb, qui l'attendait, non sans quelque impatience, et la jeune fille put être certaine qu'avant quelques heures, on serait rassuré sur son sort à la villa Sélim.

«Une lettre aurait mis trop de temps à arriver à Odessa, ajouta Ahmet, et, d'ailleurs, je crains toujours….»

Ahmet s'était interrompu sur ce mot.

«Vous craignez, mon cher Ahmet? … Que voulez-vous dire? demanda
Amasia, un peu surprise.

—Rien, chère Amasia, répondit Ahmet, rien!….