«Supposons maintenant que je prenne un nombre au hasard, afin de donner à cette succession naturelle de mots une forme cryptographique. Supposons aussi que ce nombre soit composé de trois chiffres, et que ces chiffres soient 4, 2 et 3. Je dispose ledit nombre 423 sous la ligne ci-dessus, en le répétant autant de fois qu'il sera nécessaire pour atteindre la fin de la phrase, et de manière que chaque chiffre vienne se placer sous chaque lettre. Voici ce que cela donne: _Le juge Jarriquez est doué d'un esprit très ingénieux _42 3423 423423423 423 4234 234 234234 2342 342342342
«Eh bien, monsieur Manoel, en remplaçant chaque lettre par la lettre qu'elle occupe dans l'ordre alphabétique en le descendant suivant la valeur du chiffre, j'obtiens ceci:
_l _moins 4 égale p e —2= g j —3= m u —4= z g —2= i e —3= h
et ainsi de suite.
«Si, par la valeur des chiffres qui composent le nombre en question, j'arrive à la fin de l'alphabet, sans avoir assez de lettres complémentaires à déduire, je le reprends par le commencement. C'est ce qui se passe pour la dernière lettre de mon nom, ce z, au-dessous duquel est placé le chiffre 3. Or, comme après le z, l'alphabet ne me fournit plus de lettres, je recommence à compter en reprenant par l'a, et dans ce cas:
_z _moins 3 égale c.
«Cela dit, lorsque j'ai mené jusqu'à la fin ce système cryptographique, commandé par le nombre 423,—qui a été arbitrairement choisi, ne l'oubliez pas!—la phrase que vous connaissez est alors remplacée par celle-ci:
Pg mzih ncuvktzgc iux hqyi fyr gvttly vuiu lrihrkhzz.
«Or, jeune homme, examinez bien cette phrase, n'a-t-elle pas tout à fait l'aspect de celles du document en question? Eh bien, qu'en ressort-il? C'est que la signification de la lettre étant donnée par le chiffre que le hasard place au-dessous, la lettre cryptographique qui se rapporte à la lettre vraie ne peut pas toujours être la même. Ainsi, dans cette phrase, le premier e est représenté par un g, mais le deuxième l'est par un h, le troisième par un g, le quatrième par un i; un m correspond au premier j et un n au second; des deux r de mon nom, l'un est représenté par un u, le second par un v; le t du mot est devient un x et le t du mot esprit devient un y, tandis que celui du mot très est un v. Vous voyez donc bien que si vous ne connaissez pas le nombre 423, vous n'arriverez jamais à lire ces lignes, et que, par conséquent, puisque le nombre qui fait la loi du document nous échappe, il restera indéchiffrable!»
En entendant le magistrat raisonner avec une logique si serrée,
Manoel fut accablé d'abord; mais, relevant la tête: