Quelle occasion meilleure pouvait lui être offerte que de descendre le fleuve avec cette famille qui était comme la sienne? On le lui avait proposé, il avait accepté d'être du voyage, et, arrivé à Bélem, c'était à lui qu'il serait réservé de marier ce jeune couple, Minha et Manoel.

Mais, si le padre Passanha, pendant le cours du voyage, devait s'asseoir à la table de la famille, Joam Garral avait voulu lui faire construire une habitation à part, et Dieu sait avec quel soin Yaquita et sa fille s'étaient ingéniées à la rendre confortable! Certes, le bon vieux prêtre n'avait jamais été aussi bien logé dans son modeste presbytère.

Toutefois, le presbytère ne pouvait suffire au padre Passanha. Il lui fallait aussi la chapelle.

La chapelle avait donc été édifiée au centre même de la jangada, et un petit clocher la surmontait.

Elle était bien étroite, sans doute, et n'eût pu contenir tout le personnel du bord; mais elle était richement ornée, et, si Joam Garral retrouvait sa propre habitation sur ce train flottant, le padre Passanha n'avait pas, non plus, à y regretter sa pauvre église d'Iquitos.

Tel était donc ce merveilleux appareil, qui allait descendre tout le cours de l'Amazone. Il était là, sur la grève attendant que le fleuve vînt lui-même le soulever. Or, d'après les calculs et observations de la crue, cela ne pouvait plus tarder.

Tout était prêt à la date du 5 juin.

Le pilote, arrivé de la veille, était un homme de cinquante ans, très entendu aux choses de son métier, mais aimant quelque peu à boire. Quoi qu'il en soit, Joam Garral en faisait grand cas, et, à plusieurs reprises, il l'avait employé à conduire des trains de bois à Bélem, sans avoir jamais eu à s'en repentir.

Il faut d'ailleurs ajouter qu'Araujo,—c'était son nom—, n'y voyait jamais mieux que lorsque quelques verres de ce rude tafia, tiré du jus de la canne à sucre, lui éclaircissaient la vue. Aussi ne naviguait-il point sans une certaine dame-jeanne emplie de cette liqueur, à laquelle il faisait une cour assidue.

La crue du fleuve s'était manifestée sensiblement déjà depuis plusieurs jours. D'instant en instant, le niveau du fleuve s'élevait, et, pendant les quarante-huit heures qui précédèrent le maximum, les eaux se gonflèrent suffisamment pour couvrir la grève de la fazenda, mais pas encore assez pour soulever le train de bois.