—En promenade dans les forêts de l'Himalaya! reprit le fournisseur. Charmante excursion, en vérité! À vous rendre mes devoirs, messieurs, à vous les rendre!»
Quel était cet original à qui nous avions affaire? Ne pouvait-on penser que sa cervelle s'était détraquée pendant cet emprisonnement dans le piège à tigres? Était-il fou ou avait-il son bon sens? Enfin, à quelle catégorie de bimanes appartenait cet individu?
Nous allions le savoir, et, dans la suite, nous devions mieux apprendre à connaître ce personnage singulier, qui se qualifiait de naturaliste et l'avait été en effet.
Le sieur Mathias Van Guitt, fournisseur de ménageries, était un homme à lunettes, âgé de cinquante ans. Sa face glabre, ses yeux clignotants, son nez à l'évent, le remuement perpétuel de toute sa personne, ses gestes ultra-expressifs, appropriés à chacune des phrases qui tombaient de sa large bouche, tout cela en faisait le type très connu du vieux comédien de province. Qui n'a pas rencontré de par le monde un de ces anciens acteurs, dont toute l'existence, limitée à l'horizon d'une rampe et d'un rideau de fond, s'est écoulée entre le «côté cour» et le «côté jardin» d'un théâtre de mélodrame? Parleurs infatigables, gesticulateurs gênants, poseurs infatués d'eux-mêmes, ils portent haut, en la rejetant en arrière, leur tête, trop vide dans la vieillesse pour avoir jamais été bien remplie dans l'âge mûr. Il y avait certainement du vieil acteur dans ce Mathias Van Guitt.
J'ai entendu quelquefois raconter cette plaisante anecdote, au sujet d'un pauvre diable de chanteur, qui croyait devoir souligner par un geste spécial tous les mots de son rôle.
Ainsi, dans l'opéra de Masaniello, lorsqu'il entonnait à pleine voix:
Si d'un pêcheur Napolitain…
son bras droit, tendu vers la salle, remuait fébrilement comme s'il eût tenu au bout de sa ligne le brochet que venait de ferrer son hameçon. Puis, continuant:
Le Ciel voulait faire un monarque,
tandis que l'une de ses mains se dressait droit vers le zénith pour indiquer le ciel, l'autre, traçant un cercle autour de sa tête fièrement relevée, figurait une couronne royale.