«C'est possible, après tout, dit Banks.

—C'est même probable,» ajouta le capitaine Hod, dont l'optimisme ne bronchait pas. Vers onze heures environ, le bruit diminua peu à peu, et, dix minutes après, il avait totalement cessé.

La nuit, alors, était parfaitement calme. Le moindre son étranger fût arrivé jusqu'à notre oreille. On n'entendait rien, si ce n'est le sourd ronflement du Géant d'Acier dans l'ombre. On ne voyait rien, si ce n'est cette gerbe d'étincelles qui s'échappait parfois de sa trompe.

«Eh bien, dit le capitaine Hod, avais-je raison? Ils sont partis, ces braves éléphants!

—Bon voyage! répliquai-je.

—Partis! répondit Banks, en hochant la tête. C'est ce que nous allons savoir! Puis, appelant le mécanicien: «Storr, dit-il, les fanaux.

—À l'instant, monsieur Banks!» Vingt secondes après, deux faisceaux électriques jaillissaient des yeux du Géant d'Acier, et, par un mécanisme automatique, ils se promenaient à tous les points de l'horizon. Les éléphants étaient là, en grand cercle, autour de Steam-House, immobiles, comme endormis, dormant peut-être. Ces feux, qui éclairaient confusément leurs masses profondes, semblaient les animer d'une vie surnaturelle. Par une simple illusion d'optique, ceux de ces monstres sur lesquels se plaquaient de violents ménisques de lumière, prenaient alors des proportions gigantesques, dignes de rivaliser avec celles du Géant d'Acier. Frappés de ces vives projections, ils se relevaient soudain, comme s'ils eussent été touchés par un aiguillon de feu. Leur trompe pointait en avant, leurs défenses se redressaient. On eût dit qu'ils allaient s'élancer à l'assaut du train. Des grognements rauques s'échappaient de leur vaste mâchoire. Bientôt, même, cette subite fureur se communiqua à tous, et il s'éleva autour de notre campement un assourdissant concert, comme si cent clairons eussent à la fois sonné quelque retentissant appel.

«Éteins!» cria Banks.

Le courant électrique fut subitement interrompu, et le sabbat cessa presque instantanément.

«Ils sont là, campés en cercle, dit l'ingénieur et ils seront encore là au lever du jour!