Cela fait, Nassim, sans perdre une heure, revint à la forteresse de Ripore, et il informa Nana Sahib de tout ce qui s'était passé depuis le jour où Kâlagani avait quitté Bhopal. Le colonel Munro et ses compagnons s'avançaient à petites journées vers les Vindhyas, Kâlagani les guidait, et c'était aux environs du lac Puturia qu'il fallait les attendre.
Tout avait donc réussi aux souhaits du nabab. Sa vengeance ne pouvait plus lui échapper.
Et, en effet, ce soir-là, le colonel Munro était seul, désarmé, en sa présence, à sa merci.
Après les premiers mots échangés, ces deux hommes se regardèrent un instant sans prononcer une seule parole.
Mais, soudain, l'image de lady Munro repassant plus vivement devant ses yeux, le colonel eut comme un afflux de sang de son coeur à sa tête. Il s'élança sur le meurtrier des prisonniers de Cawnpore!…
Nana Sahib se contenta de faire deux pas en arrière.
Trois Indous s'étaient subitement jetés sur le colonel, et ils le maîtrisèrent, non sans peine.
Cependant, sir Edward Munro avait repris possession de lui-même.
Le nabab le comprit sans doute, car, d'un geste, il écarta les
Indous.
Les deux ennemis se retrouvèrent de nouveau face à face.
«Munro, dit Nana Sahib, les tiens ont attaché à la bouche de leurs canons les cent vingt prisonniers de Peschawar, et, depuis ce jour, plus de douze cents Cipayes ont péri de cette épouvantable mort! Les tiens ont massacré sans pitié les fugitifs de Lahore, ils ont égorgé, après la prise de Delhi, trois princes et vingt-neuf membres de la famille du roi, ils ont massacré à Lucknow six mille des nôtres, et trois mille après la campagne du Pendjab! En tout, par le canon, le fusil, la potence ou le sabre, cent vingt mille officiers ou soldats natifs et deux cent mille indigènes ont payé de leur vie ce soulèvement pour l'indépendance nationale!