— Rien», répondit le banquier.
Puis, s'adressant au jeune officier du ton d'un homme qui veut paraître indifférent à ce qu'il dit:
«Vous avez connu cette Andronika? demanda-t-il.
— Oui, monsieur Elizundo.
— Et savez-vous ce qu'elle est devenue?
— Je l'ignore, répondit Henry d'Albaret. Après le combat de Chaidari, je pense qu'elle a dû regagner les provinces du Magne qui est son pays natal. Mais, un jour ou l'autre, je m'attends à la voir reparaître sur les champs de bataille de la Grèce…
— Oui! ajouta Hadjine, là où il faut être!»
Pourquoi Elizundo avait-il fait cette question à propos d'Andronika? Personne ne le lui demanda. Il n'eût certainement répondu que d'une façon évasive. Mais cela ne laissa pas de préoccuper sa fille, peu au courant des relations du banquier. Pouvait-il donc y avoir un lien quelconque entre son père et cette Andronika qu'elle admirait? D'ailleurs, en ce qui concernait la guerre de l'Indépendance, Elizundo était d'une absolue réserve. À quel parti allaient ses voeux, aux oppresseurs ou aux opprimés? Il eût été difficile de le dire — si tant est qu'il fût homme à faire des voeux pour quelqu'un ou pour quelque chose. Ce qui était certain, c'est que son courrier lui apportait au moins autant de lettres expédiées de la Turquie que de la Grèce.
Mais, il importe de le répéter, bien que le jeune officier se fût dévoué à la cause des Hellènes, Elizundo ne lui en avait pas moins fait bon accueil dans sa maison.
Cependant, Henry d'Albaret ne pouvait y prolonger son séjour. Remis maintenant de ses fatigues, il était décidé à faire jusqu'au bout ce qu'il considérait comme un devoir. Il en parlait souvent à la jeune fille.