«Eh bien, dit le lieutenant Hobson à maître Mac Nap, nous ferons nos tuyaux de cheminée en coquillages!

— En coquillages! s'écria le charpentier.

— Oui, Mac Nap, répondit Jasper Hobson, mais en coquillages écrasés, brûlés, réduits en chaux. Avec cette chaux, nous fabriquerons des espèces de plaquettes, et nous les disposerons comme des briques ordinaires.

— Va pour les coquillages!» répondit le charpentier.

L'idée du lieutenant Hobson était bonne, et elle fut mise aussitôt en pratique. Le rivage était recouvert d'une innombrable quantité de ces coquilles calcaires qui forment l'étage inférieur des terrains tertiaires. Le charpentier Mac Nap en fit ramasser plusieurs tonnes, et une sorte de four fut construit afin de décomposer par la cuisson le carbonate qui entre dans la composition de ces coquilles. On obtint ainsi une chaux propre aux travaux de maçonnerie.

Cette opération dura une douzaine d'heures. Dire que Jasper Hobson et Mac Nap produisirent par ces procédés élémentaires une belle chaux grasse, pure de toute matière étrangère, se délitant bien au contact de l'eau, foisonnant comme les produits de bonne qualité, et pouvant former une pâte liante avec un excès de liquide, ce serait peut-être exagérer. Mais telle était cette chaux, lorsqu'elle fut réduite en briquettes, qu'elle put être convenablement utilisée pour la construction des cheminées de la maison. En quelques jours, deux tuyaux coniques s'élevaient au- dessus du faîtage, et leur épaisseur en garantissait la solidité contre les coups de vent.

Mrs. Paulina Barnett félicita le lieutenant et le charpentier Mac
Nap d'avoir mené à bien et en peu de temps cet ouvrage difficile.

«Pourvu que vos cheminées ne fument pas! ajouta-t-elle en riant.

— Elles fumeront, madame, répondit philosophiquement Jasper Hobson, elles fumeront, gardez-vous d'en douter. Toutes les cheminées fument!»

Le grand ouvrage fut complètement terminé dans l'espace d'un mois. Le 6 août, l'inauguration de la maison devait être faite. Mais, pendant que maître Mac Nap et ses hommes travaillaient sans relâche, le sergent Long, le caporal Joliffe, — tandis que Mrs. Joliffe organisait le service culinaire, — puis les deux chasseurs Marbre et Sabine, dirigés par Jasper Hobson, avaient battu les alentours du cap Bathurst. Ils avaient, à leur grande satisfaction, reconnu que les animaux de poil et de plume y abondaient. Les chasses n'étaient pas encore organisées, et les chasseurs cherchaient plutôt à explorer le pays. Cependant ils parvinrent à s'emparer de quelques couples de rennes vivants, que l'on résolut de domestiquer. Ces animaux devaient fournir des petits et du lait. Aussi se hâta-t-on de les parquer dans une enceinte palissadée, qui fut établie à une cinquantaine de pas de l'habitation. La femme du forgeron Raë, qui était une Indienne, s'entendait à ce service, et elle fut spécialement chargée du soin de ces animaux.