Si les anthropologistes ont pu dire que les plus élevés des quadrumanes dans l'échelle simienne, ceux qui se rapprochent davantage de la conformation humaine, en diffèrent cependant par cette particularité qu'ils se servent de leurs quatre membres quand ils fuient, il semblait bien que cette remarque n'aurait pu s'appliquer aux habitants du village aérien.
Mais Khamis, Max Huber, John Cort, durent remettre à plus tard leurs observations à ce sujet. Que ces êtres dussent se placer ou non entre l'animal et l'homme, leur escorte, tout en conversant dans un idiome incompréhensible, les poussa vers une case au milieu d'une population qui les regardait sans trop s'étonner. La porte fut refermée sur eux et ils se virent bel et bien emprisonnés dans ladite case.
«Parfait!… déclara Max Huber. Et, ce qui me surprend le plus, c'est que ces originaux-là n'ont pas l'air de nous prêter attention!… Est-ce qu'ils ont déjà vu des hommes?…
— C'est possible, reprit John Cort, mais reste à savoir s'ils ont l'habitude de nourrir leurs prisonniers…
— Ou s'ils n'ont pas plutôt celle de s'en nourrir!» ajouta Max
Huber.
Et, en effet, puisque, dans les tribus de l'Afrique, les Monbouttous et autres se livrent encore aux pratiques du cannibalisme, pourquoi ces sylvestres, qui ne leur étaient guère inférieurs, n'auraient-ils pas eu l'habitude de manger leurs semblables — ou à peu près?…
En tout cas, que ces êtres fussent des anthropoïdes d'une espèce supérieure aux orangs de Bornéo, aux chimpanzés de la Guinée, aux gorilles du Gabon, qui se rapprochent le plus de l'humanité, cela n'était pas contestable. En effet, ils savaient faire du feu et l'employer à divers usages domestiques: tel le foyer au premier campement, telle la torche que le guide avait promenée à travers ces sombres solitudes. Et l'idée vint alors que ces flammes mouvantes, signalées sur la lisière, pouvaient avoir été allumées par ces étranges habitants de la grande forêt.
À vrai dire, on suppose que certains quadrumanes font emploi du feu. Ainsi Émir Pacha raconte que les bois de Msokgonie, pendant les nuits estivales, sont infestés par des bandes de chimpanzés, qui s'éclairent de torches et vont marauder jusque dans les plantations.
Ce qu'il convenait également de noter, c'est que ces êtres, d'espèce inconnue, étaient conformés comme les humains au point de vue de la station et de la marche. Aucun autre quadrumane n'eût été plus digne de porter ce nom d'orang, qui signifie exactement «homme des bois».
«Et puis ils parlent… fit remarquer John Cort, après diverses observations qui furent échangées au sujet des habitants de ce village aérien.