— Ce n'est pas la forêt qui les arrêtera…, répliqua Khamis.

— Que sont devenus les indigènes?… s'informa John Cort.

— Nous n'avons pu les apercevoir…, répondit Max Huber.

— Cependant, ils ne doivent pas avoir quitté la lisière!…

— Assurément non!»

Au loin, à une demi-lieue environ, on distinguait une large ondulation d'ombres qui se déplaçait sur l'étendue d'une centaine de toises. C'était comme une énorme vague dont les volutes échevelées se fussent déroulées avec fracas. Un lourd piétinement se propageait à travers la couche élastique du sol, et ce tremblotement se faisait sentir jusqu'aux racines des tamarins. En même temps, le mugissement prenait une intensité formidable. Des souffles stridents, des éclats cuivrés, s'échappaient de ces centaines de trompes, — autant de clairons sonnés à pleine bouche.

Les voyageurs de l'Afrique centrale ont pu justement comparer ce bruit à celui que ferait un train d'artillerie roulant à grande vitesse sur un champ de bataille. Soit! mais à la condition que les trompettes eussent jeté dans l'air leurs notes déchirantes. Que l'on juge de la terreur à laquelle s'abandonnait le personnel de la caravane, menacé d'être écrasé par ce troupeau d'éléphants!

Chasser ces énormes animaux présente de sérieux dangers. Lorsqu'on parvient à les surprendre isolément, à séparer de la bande à laquelle il appartient un de ces pachydermes, lorsqu'il est possible de le tirer dans des conditions qui assurent le coup, de l'atteindre, entre l'oeil et l'oreille, d'une balle qui le tue presque instantanément, les dangers de cette chasse sont très diminués. En l'espèce, la harde ne se composât-elle que d'une demi-douzaine de bêtes, les plus sévères précautions, la plus extrême prudence sont indispensables. Devant cinq ou six couples d'éléphants courroucés, toute résistance est impossible, alors que — dirait un mathématicien — leur masse est multipliée par le carré de leur vitesse.

Et, si c'est par centaines que ces formidables bêtes se jettent sur un campement, on ne peut pas plus les arrêter dans leur élan qu'on n'arrêterait une avalanche, ou l'un de ces mascarets qui emportent les navires dans l'intérieur des terres à plusieurs kilomètres du littoral.

Toutefois, si nombreux qu'ils soient, l'espèce finira par disparaître. Comme un éléphant rapporte environ cent francs d'ivoire, on les chasse à outrance.