En un moment, le chariot fut bousculé, renversé, chaviré, écrasé sous les masses pesantes qui se refoulaient contre le tertre. Anéanti comme un jouet d'enfant, il n'en resta plus rien ni des roues, ni de la caisse.

Sans doute, de nouveaux jurons éclatèrent entre les lèvres du Portugais, mais cela n'était pas pour arrêter ces centaines d'éléphants, non plus que le coup de fusil qu'Urdax tira sur le plus rapproché, dont la trompe s'enroulait autour de l'arbre. La balle ricocha sur le dos de l'animal sans pénétrer dans ses chairs.

Max Huber et John Cort le comprirent bien. En admettant même qu'aucun coup ne fût perdu, que chaque balle fît une victime, peut-être aurait-on pu se débarrasser de ces terribles assaillants, les détruire jusqu'au dernier, s'ils n'avaient été qu'un petit nombre. Le jour n'aurait plus éclairé qu'un amoncellement d'énormes cadavres au pied des tamarins. Mais trois cents, cinq cents, un millier de ces animaux!… Est-il donc rare de rencontrer de pareilles agglomérations dans les contrées de l'Afrique équatoriale, et les voyageurs, les trafiquants, ne parlent-ils pas d'immenses plaines que couvrent à perte de vue les ruminants de toute sorte?…

«Cela se complique…, observa John Cort.

— On peut même dire que ça se corse!» ajouta Max Huber.

Puis, s'adressant au jeune indigène achevalé près de lui:

«Tu n'as pas peur?… demanda-t-il.

— Non, mon ami Max… avec vous…, non!» répondit Llanga.

Et, cependant, il était permis non seulement à un enfant, mais à des nommes aussi, de se sentir le coeur envahi d'une irrésistible épouvante.

En effet, nul doute que les éléphants n'eussent aperçu, entre les branches des tamarins, ce qui restait du personnel de la caravane.