Du salon d'attente où venait de se passer le dernier acte du siège, les deux jeunes gens suivirent l'enfilade d'appartements qui conduisait au sanctuaire du Roi de l'Acier.
Octave était en admiration devant toutes ces splendeurs.
Marcel souriait en le regardant et ouvrait une à une les portes qu'il rencontrait devant lui jusqu'au salon vert et or.
Il s'attendait bien à y trouver du nouveau, mais rien d'aussi singulier que le spectacle qui s'offrit à ses yeux. On eut dit que le bureau central des postes de New York ou de Paris, subitement dévalisé, avait été jeté pêle-mêle dans ce salon. Ce n'étaient de tous côtés que lettres et paquets cachetés, sur le bureau, sur les meubles, sur le tapis. On enfonçait jusqu'à mi-jambe dans cette inondation. Toute la correspondance financière, industrielle et personnelle de Herr Schultze, accumulée de jour en jour dans la boîte extérieure du parc, et fidèlement relevée par Arminius et Sigimer, était là dans le cabinet du maître.
Que de questions, de souffrances, d'attentes anxieuses, de misères, de larmes enfermées dans ces plis muets à l'adresse de Herr Schultze ! Que de millions aussi, sans doute, en papier, en chèques, en mandats, en ordres de tout genre !... Tout cela dormait là, immobilisé par l'absence de la seule main qui eut le droit de faire sauter ces enveloppes fragiles mais inviolables.
« Il s'agit maintenant, dit Marcel, de retrouver la porte secrète du laboratoire ! »
Il commença donc à enlever tous les livres de la bibliothèque. Ce fut en vain. Il ne parvint pas à découvrir le passage masqué qu'il avait un jour franchi en compagnie de Herr Schultze. En vain il ébranla un à un tous les panneaux, et, s'armant d'une tige de fer qu'il prit dans la cheminée, il les fit sauter l'un après l'autre ! En vain il sonda la muraille avec l'espoir de l'entendre sonner le creux ! Il fut bientôt évident que Herr Schultze, inquiet de n'être plus seul à posséder le secret de la porte de son laboratoire, l'avait supprimée.
Mais il avait nécessairement dû en faire ouvrir une autre.
« Où ?... se demandait Marcel. Ce ne peut être qu'ici, puisque c'est ici qu'Arminius et Sigimer ont apporté les lettres ! C'est donc dans cette salle que Herr Schultze a continué de se tenir après mon départ ! Je connais assez ses habitudes pour savoir qu'en faisant murer l'ancien passage, il aura voulu en avoir un autre à sa portée, à l'abri des regards indiscrets !... Serait-ce une trappe sous le tapis ? »
Le tapis ne montrait aucune trace de coupure. Il n'en fut pas moins décloué et relevé. Le parquet, examiné feuille à feuille, ne présentait rien de suspect.