Le cuirassier la rendait aux aides pour la remettre au four, et, une fois réchauffée, la rebattre de nouveau.
Dans l'immensité de cette forge monstre, c'était un mouvement incessant, des cascades de courroies sans fin, des coups sourds sur la basse d'un ronflement continu, des feux d'artifice de paillettes rouges, des éblouissements de fours chauffés à blanc. Au milieu de ces grondements et de ces rages de la matière asservie, l'homme semblait presque un enfant.
De rudes gars pourtant, ces puddleurs ! Pétrir à bout de bras, dans une température torride, une pâte métallique de deux cent kilogrammes, rester plusieurs heures l'oeil fixé sur ce fer incandescent qui aveugle, c'est un régime terrible et qui use son homme en dix ans.
Schwartz, comme pour montrer au contremaître qu'il était capable de le supporter, se dépouilla de sa vareuse et de sa chemise de laine, et, exhibant un torse d'athlète, sur lequel ses muscles dessinaient toutes leurs attaches, il prit le crochet que maniait un des puddleurs, et commença à manoeuvrer.
Voyant qu'il s'acquittait fort bien de sa besogne, le contremaître ne tarda pas à le laisser pour rentrer à son bureau.
Le jeune ouvrier continua, jusqu'à l'heure du dîner, de puddler des blocs de fonte. Mais, soit qu'il apportât trop d'ardeur à l'ouvrage, soit qu'il eût négligé de prendre ce matin-là le repas substantiel qu'exige un pareil déploiement de force physique, il parut bientôt las et défaillant. Défaillant au point que le chef d'équipe s'en aperçut.
« Vous n'êtes pas fait pour puddler, mon garçon, lui dit celui-ci, et vous feriez mieux de demander tout de suite un changement de secteur, qu'on ne vous accordera pas plus tard. » Schwartz protesta. Ce n'était qu'une fatigue passagère ! Il pourrait puddler tout comme un autre !...
Le chef d'équipe n'en fit pas moins son rapport, et le jeune homme fut immédiatement appelé chez l'ingénieur en chef.
Ce personnage examina ses papiers, hocha la tête, et lui demanda d'un ton inquisitorial :
« Est-ce que vous étiez puddleur à Brooklyn ? »