—Oui! répondit John d’une voix sourde, il est certain qu’ils n’ont pas été débarqués, qu’ils ont péri…

—Les misérables! s’écria Glenarvan. S’ils tombent jamais entre mes mains, je vengerai mon équipage!…»

La douleur avait durci les traits de Glenarvan.

Pendant quelques minutes, le lord regarda l’immensité des flots, cherchant peut-être d’un dernier regard quelque navire perdu dans l’espace. Puis ses yeux s’éteignirent, il redevint lui-même, et, sans ajouter un mot ni faire un geste, il reprit la route d’Eden au galop de son cheval.

Une seule formalité restait à remplir, la déclaration au constable des événements qui venaient de s’accomplir. Elle fut faite le soir même à Thomas Banks. Ce magistrat put à peine dissimuler sa satisfaction en libellant son procès-verbal. Il était tout simplement ravi du départ de Ben Joyce et de sa bande. La ville entière partagea son contentement. Les convicts venaient de quitter l’Australie, grâce à un nouveau crime, il est vrai, mais enfin ils étaient partis. Cette importante nouvelle fut immédiatement télégraphiée aux autorités de Melbourne et de Sydney.

Sa déclaration achevée, Glenarvan revint à l’hôtel Victoria.

Les voyageurs passèrent fort tristement cette dernière soirée.
Leurs pensées erraient sur cette terre féconde en malheurs. Ils se
rappelaient tant d’espérances si légitimement conçues au cap
Bernouilli, si cruellement brisées à la baie Twofold!

Paganel, lui, était en proie à une agitation fébrile. John Mangles, qui l’observait depuis l’incident de la Snowy-River, sentait que le géographe voulait et ne voulait pas parler. Maintes fois il l’avait pressé de questions auxquelles l’autre n’avait pas répondu.

Cependant, ce soir-là, John, le reconduisant à sa chambre, lui demanda pourquoi il était si nerveux.

«Mon ami John, répondit évasivement Paganel, je ne suis pas plus nerveux que d’habitude.