Karroly laissa porter.

—Que voulez-vous? demanda-t-il, quand la Wel-Kiej se fut rapprochée.

—Vous n’avez pas honte d’avoir un chargement pareil pour vous tout seuls, quand il y a de pauvres diables obligés de se serrer le ventre? interrogea plaisamment le même ouvrier.

Karroly se mit à rire. Il était trop pénétré des principes altruistes du Kaw-djer pour hésiter sur la réponse. Ce qui était à lui était aux autres. Partager, quand on a plus que le nécessaire, avec celui qui ne l’a pas, rien de plus naturel.

—Attrape!... dit-il.

—Envoyez!...

La moitié des poissons, lancés à la volée, passèrent de la Wel-Kiej au canot.

—Merci, camarade!...«s’écrièrent d’une même voix les ouvriers en se remettant aux avirons.

Bien qu’il eût reconnu Sirk parmi les quémandeurs, Halg ne s’était pas opposé à cet acte de générosité. Sirk n’était pas seul, et, d’ailleurs, on ne doit refuser à personne, fût-ce à un ennemi, tant qu’on peut faire autrement. L’élève du Kaw-djer faisait, on le voit, honneur à son maître.

Tandis qu’une partie des colons s’efforçaient d’utiliser ainsi leur temps, d’autres vivaient dans la plus complète oisiveté. Pour les uns, un tel abandon de soi n’avait rien que de normal. Qu’eussent pu faire Fritz Gross et John Rame, le premier réduit à un véritable gâtisme par l’abus des boissons alcooliques, le second aussi ignorant qu’un petit enfant des réalités de la vie?