—Fantoche, soit! riposta Harry Rhodes. Mais Gouverneur en même temps.
—Nommé par lui-même, alors, car il n’y a pas soixante colons au campement.
—Une voix suffît quand personne n’en a davantage.
Le Kaw-djer haussa les épaules.
—Je vous demande pardon à l’avance de ce que je vais vous dire, reprit Harry Rhodes, mais, en vérité, n’éprouvez-vous pas quelques regrets, je dirai plus, quelques remords?
—Moi?...
—Vous. Seul de tous les colons, vous avez l’expérience de ce pays que vous habitez depuis de longues années et dont vous connaissez les ressources et les périls; seul, vous possédez l’intelligence, l’énergie et l’autorité nécessaires pour vous imposer à cette population ignorante et faible, et vous êtes resté spectateur indifférent et inerte! Au lieu de grouper les bonnes volontés éparses, vous avez laissé tous ces malheureux se disperser sans méthode et sans lien. Que vous le vouliez ou non, vous êtes responsable des misères qui les attendent.
—Responsable!... protesta le Kaw-djer. Mais quel devoir m’incombait que je n’aie rempli?
—L’assistance que le fort doit au faible.
—Ne l’ai-je pas donnée?... N’ai-je pas sauvé le Jonathan?... Quelqu’un peut-il prétendre que je lui aie refusé un secours ou un conseil?...